La surprise est de taille. Non que l'on doutait, depuis cinq ans, de la qualité de NCIS, saluée de manière élogieuse à sa sortie par l'Entertainment Weekly aux Etats-Unis (voir le lien ci-dessus). Mais, on n'imaginait pas que ses créateurs pouvaient relancer cette série d'une manière aussi convaincante dès le début de la saison 6.
Il serait déraisonnable de vouloir établir un classement des 114 épisodes déjà diffusés, mais la reprise effectuée sans douceur cette semaine sur CBS place Last Man Standing parmi les tout meilleurs passages, tant en raison de sa construction impeccable que de l'articulation des thèmes abordés et du suspense qui rappelle par instants celui qui traversait les premiers ouvrages de John Le Carré.
Il va être difficile d'entrer dans le détail de ce nouveau chapitre des aventures de Gibbs et de ses troupes sans dévoiler quelques détails de l'histoire. Une balise spoiler s'impose certainement.
A la demande de Leon Vance, directeur du service des enquêtes criminelles de la Marine, Gibbs voit son unité dispersée et remplacée par trois nouveaux collaborateurs. Le but de cette manoeuvre est de démasquer une taupe qui s'est infiltrée au sein du NCIS. L'idée n'est pas d'une originalité folle, en revanche, son traitement est irréprochable et l'on se sent très vite plongé dans un roman d'espionnage.
D'abord Gibbs n'est pas immédiatement informé des raisons de ces changements, afin d'éviter d'éveiller les soupçons. Ensuite, Gibbs, isolé au milieu de ses nouveaux collaborateurs -l'épisode démarre 126 jours après la dissolution de l'unité- parvient à trouver du soutien de la part de ses anciens adjoints. Tout se passe donc en coulisses, mais sous le regard et le contrôle constant de Vance.
Enfin, un suspect, l'agent Michelle Lee, se dégage très rapidement, mais l'accumulation de soupçons se fait sans précipitation. C'est là que l'on rejoint toute la maîtrise narrative qui habitait les premiers ouvrages de Le Carré. On acquière peu à peu la conviction de sa culpabilité, jusqu'à ce que toutes les présomptions retenues s'évanouissent les unes après les autres, une explication rationnelle étant fournie pour contredire chacune d'elles. Chaque tiroir s'ouvre sans effort et vient s'enboîter naturellement dans le précédent. Lee sait qu'il lui faut apparaître comme une possible coupable pour mieux se disculper et asseoir la crédibilité de son innoncence. Car... elle est réellement coupable. Comme dans les excellents thrillers, la manipulation exige, dans un premier temps, d'apparaître à ses ennemis comme ils ont envie de vous voir. Il ne faut pas les décevoir, pas frustrer d'emblée leurs doutes. Pour être totalement efficace, la réfutation doit venir d'eux et d'eux seulement. C'est sur ce postulat que se fondait L'Espion qui venait du froid. De ce point de vue, cet épisode est parfait.
La tension, assez soutenue, est compensée par l'habituel humour qui constitue une marque de fabrique de NCIS. La drôlerie sert à laisser au spectateur le temps de souffler et permet de désamorcer l'intensité dramatique qu'il est, ensuite, très facile de ranimer, compte tenu de l'intrigue. Abby Sciuto incarne à merveille ce second degré. Elle exagère ses relations avec Gibbs, leur donne une tournure volontairement théâtrale. Elle joue à la petite fille, devenue grande, mais qui fait tout pour rester petite afin que son “père” lui passe ses caprices. Gibbs se prête évidemment à ce jeu qu'il apprécie, sans jamais le montrer ouvertement. En fait, Abby dit tout haut ce que Gibbs pense tout bas.
Le caractère paternaliste de Gibbs est encore accentué, mais sans jamais être pesant comme c'est le cas notamment dans FBI Portés disparus. Hormis les démonstrations exubérantes d'Abby, il s'exprime par petites touches : Gibbs exige que ses nouveaux subordonnés l'appellent par son nom et non plus par le sobriquet “Boss” qui est réservé à ses ex-adjoints. Cette marque distinctive traduit parfaitement le lien quasiment familial qui unissait les personnages. Dans une scène, l'agent DiNizzo, cherchant à masquer l'identité de son interlocuteur, emploie même le mot de “Dad”.
Autre réussite de Last Man Standing, le traitement de la question du terrorisme, et les liens qui peuvent exister entre les services de renseignements américains et israéliens. Là encore, les choses sont présentées avec une certaine subtilité : on ne doute pas que les différentes officines de pays ayant autant d'intérêts communs aient au fil du temps noué des relations d'amitié. Des affinités personnelles se sont nécessairement forgées. On est très loin de la déclinaison faite dans 24 qui se fonde principalement sur le protectionnisme, la paranoïa et la lutte de pouvoir. Ce thème du terrorisme est présenté et mis en place sobrement. On pressent qu'il sera développé plus largement par la suite. L'objet des convoitises étant des documents militaires sur les troupes de la Marine opérant dans le Golfe persique.
La chute de cet épisode qui se déroule dans un ascenseur laisse présager que nous allons rapidement rejoindre un nouvel étage de l'histoire. Elle paraît un peu trop abrupte pour servir de fil rouge à la saison, mais on peut envisager une suite sur un ou deux épisodes, peut-être plus.
Enfin, ajoutons une mention spéciale pour la scène où Ziva (Cote de Pablo), agent infiltré pour faire échouer les plans d'un terroriste tchétchène, joue les chanteuses de cabaret au Maroc. Dos nu, robe de satin bleu et voix de velours. On se croit plongé dans Casablanca de Michael Curtiz et l'on s'attend à voir Humphrey Bogart pousser la porte et venir s'installer au bar.
A tous ces éloges, il convient de mettre deux bémols. Le premier concerne le générique qu'il serait temps de changer car il n'a pas bien vieilli. Le deuxième concerne la coupe de cheveux de Mark Harmon qu'il serait également temps de changer car elle n'a pas bien vieilli, elle non plus. D'un autre côté, c'est ce qui donne l'identité de son personnage.